Histoire du cannabis: de ses origines à sa prohibition

Plants de chanvre

Plants de chanvre

Le cannabis, également appelé chanvre ou marijuana (aussi orthographié marihuana) est une plante de la famille des Cannabaceae. On appelle chanvre la plante en elle-même, le cannabis est le nom scientifique et marijuana est un des noms populaires de cette drogue douce. Le chanvre fait parti des premières domestiquées par l’Homme à l’époque du Néolithique (période de la Préhistoire) et également des plantes la plus anciennement consommée par l’Homme pour ses vertus psychotropes. Son origine géographique est floue: si nous savons aujourd’hui que cette plante est originaire d’Asie, la zone précise nous échappe encore. Pour certains, le chanvre viendrait de la région lac Baïkal en Asie centrale, d’autres de la région du fleuve jaune en Chine ou encore dans les montagnes de l’Himalaya.

Les plus anciennes traces de son usage ont été retrouvées en Chine sur le site néolithique de Xianrendong et remonteraient à huit mille ans avant notre ère. Sur ce site ont été retrouvés de la céramique et pots décorés de fibres de chanvre.

En Inde ainsi qu’en Chine, 6000 ans avant notre ère, les fibres et les graines de chanvre étaient fréquemment utilisées pour ses effets psychotropes. Vers 3000 ans notre ère, il était utilisé par les Chinois afin de fabriquer des vêtements. Le chanvre était également utilisé dans des rituels, notamment chez les Hindous et continue d’être utilisé dans ce but encore aujourd’hui.

papyrus cannabis

 

Le cannabis se diffuse très tôt dans l’histoire de l’humanité et atteint très vite le Moyen-Orient ainsi que l’Egypte. Sur la photo à gauche, vous pouvez voir un papyrus égyptien (appelé papyrus ebers) datant de -1550 avant notre ère qui prescrit du cannabis en application locale pour les inflammations. D’autres papyrus font également mention du cannabis à usage médical: le papyrus de Ramsès III (1700 ans avant notre ère), le papyrus Berlin 3038 (entre 1350 et 1200 avant notre ère) ainsi que le Chester Beatty papyrus (environ 1200 avant notre ère).

Dans l’Ancienne Egypte (3150 à 30 ans avant notre ère), le cannabis avait divers usages: il pouvait servir de suppositoires pour soulager la douleur des hémorroïdes ainsi que pour traiter les yeux irrités. Il était aussi utilisé comme hallucinogène.

 

Par la suite, ce sont les Scythes (ensemble de peuples indo-européens d’Eurasie en grande partie nomades) qui vont permettre la diffusion du cannabis à travers son usage religieux en Sibérie ainsi qu’en Europe de 6000 à 5000 ans avant notre ère. L’historien grec Hérodote (480 à 425 avant notre ère) en est témoin et raconte en 450 avant notre ère dans les Histoires que les Scythes utilisent le cannabis pour se fabriquer des habits ainsi que faire des séances de fumigation collective.

empereur shen nung

Vers 2700 avant notre ère, le cannabis apparaît pour la première fois dans les écrits chinois. L’Empereur chinois Shen Nung, lui-même paysan, voulait prévenir des maladies liées au travail de la terre selon la légende. Il réalisa alors diverses expériences avec des poisons pour tenter de créer un contrepoison. Il aurait ingéré  70 espèces de plantes toxiques dans la même journée. Grâce aux résultats qu’il obtient, il rédige une encyclopédie médicale appelée « Pen Ts’ao » contenant une centaine de remèdes. Le cannabis fait parti de ces remèdes.

Cependant, on peut douter de la véracité de ces évènements: dans la religion traditionnelle chinoise, il était considéré comme le patron des agriculteurs. C’est le Paysan Divin. Selon la légende, il était représenté comme un homme ventru au torse dénudé, portant une jupe/pantalon court ainsi qu’une collerette de feuilles. Il possède deux bosses sur le crâne pour rappeler les cornes d’un bovidé et tient à la main un épi de riz. Il est donc possible que ce ne soit seulement qu’une personne inventée à qui l’on a attribuée plus tard les débuts de la médecine chinoise.

Les Egyptiens transmettent l’usage du cannabis aux Grecs et aux Romains: ils l’utilisent pour les cordages, le voiles et tissus.

L’usage du cannabis se développe dans le monde arabe vers le 10-11ème siècle où sa culture est encouragée car contrairement à l’alcool qui est interdit à par l’Islam, le cannabis ne représente pas un péché. Sa diffusion est donc rapide, d’autant plus que ses effets psychotropes sont similaires à ceux provoqués par l’alcool.

En 1545, des marins espagnols amènent des plants de chanvre au Chili, marquant l’apparition de cette plante dans les Amériques. Elle est alors cultivée pour ses fibres. Cependant, d’autres sources affirment que le Brésil connaissait déjà cette plante et qu’elle avait été importée d’Afrique. Elle se serait ensuite diffusée au Mexique et finalement aux Etats-Unis.

g washignton

Georges Washington

Des écrits rapportent que Georges Washington (1732-1799), le premier président des Etats-Unis, plantait dans son domaine de Mount Vernon du cannabis (c’était apparemment même sa principale culture). Il consommait lui-même du cannabis et s’intéressait à ses propriétés médicales. Il faisait également quelques expériences sur ses plantes: en effet, il essayait de les croiser afin d’obtenir une plante avec des effets psychotropes maximum.
C’est seulement au 16ème siècle que les Européens redécouvrent le cannabis notamment grâce à l’herbier du botaniste William Turner, considéré comme le père de la botanique britannique. Il vante ses propriétés dans son ouvrage New Herball en 1538 ainsi que dans l’Ortus sanitatis de herbis et plantes. En France, c’est le médecin et écrivain François Rabelais qui évoque dans son roman célèbre Pantagruel (1532), une herbe aux effets qui rappellent ceux du cannabis, le « pantagruelion ». Il rappelle les effets psychotropes du cannabis qui jusqu’à lors était seulement utilisé pour ses fibres (cordages). Lorsque Napoléon fait campagne en Egypte (1798-1801), un pays où la consommation de cannabis est démocratisée sous forme d’haschich et qu’il rentre en France, la connaissance des effets psychotropes se répand dans la population.

 

william shaughnessy

 

Dans les années 1830, le docteur Irlandais William O’Shaugnessy présente le cannabis à vertus thérapeutiques dans l’univers médical occidental. Lui-même avait découvert le cannabis alors qu’il était en Inde. Il s’entraîne d’abord sur des animaux et ensuite s’essaye sur les êtres humains souffrant spasmes et diverses douleurs. Il s’en sert également également pour traiter la diarrhée, les vomissements et certains symptômes fatals du choléra et obtient des résultats concluants. Le cannabis devient alors un médicament. Il est notamment prescrit à la reine Victoria (1819-1901) dans le but d’atténuer ses douleurs menstruelles.

 

 

 

club des haschichins

Réunion du club des haschichins

Le cannabis est également utilisé dans un but récréatif: en 1844, le romancier Théophile Gautier ainsi que le docteur Jacques-Joseph Moreau fondent le « Club des Haschichins » principalement voué à l’expérience de différentes drogues, surtout du Haschich (nom donné à la résine de cannabis). De nombreux personnages célèbres y participent, notamment le peintre Eugène Delacroix, le poète Charles Baudelaire ainsi que l’écrivain Alexandre Dumas.

Le médicament du cannabis est vendu sous forme d’extrait alcoolique aux Etats-Unis ainsi qu’en Europe: c’est le médicament le plus vendu parmi tous ceux disponibles dans les pharmacies. Cependant, l’apparition de l’aspirine à la fin du 19ème siècle ainsi que d’autres médicaments font que le cannabis a moins de succès.

C’est aux Mexicains que nous devons le nom « marijuana ». Ceux-ci cultivent et exportent des tiges fleuries de cannabis à partir de 1910 vers le Texas. Le cannabis va affluer sur le marché noir américain dans les années 1920-1930 et devient très populaire. Ce succès grandissant est bonne partie dû à la prohibition de l’alcool.

L’utilisation de plus en plus répandue de cette substance attise la curiosité des scientifiques qui vont chercher à déceler un possible danger dans la consommation de cannabis. En 1893, le gouvernement britannique crée alors une « Commission du chanvre » afin d’étudier le cannabis et ses effets. Elle ne peut établir de lien entre la consommation de cannabis et une quelconque maladie mentale mais qu’un abus peut être dangereux pour la santé mentale.

La première tentative d’interdiction du cannabis survient en 1378 à Joneima en Egypte. L’émir Soudoun Sheikouni interdit tout simplement sa culture et sa consommation. En cas d’infraction, les fautifs se voient condamnés à l’arrachage de leurs dents. Napoléon Bonaparte, lors de sa campagne en Egypte (1798-1801), manque de se faire assassiner par un Egyptien sous l’influence du cannabis. En revanche, il interdit le 8 octobre 1800 l’usage du Haschich dans toute l’Egypte.

Le fait que la consommation et le trafic de cannabis ne cessent d’augmenter commence à inquiéter, aux Etats-Unis et en Europe notamment. C’est au final les pays européens qui prendront en premier la décision de s’opposer au cannabis. En 1925, la conférence internationale de Genève, signée par la plupart des pays du monde, dont la Turquie et l’Egypte, s’engage à lutter contre le trafic de drogue.

Il va y avoir pendant tout le 20ème siècle une diabolisation du cannabis, instrumentalisée par les lobbys puritains et des industriels intéressés. Aux Etats-Unis ont lieu des campagnes de sensibilisation (ou de dissuasion ?) avec des slogans tels que « Marijuana is the Devil » avec des fonds avec des flammes. Le but étant de faire peur et de faire germer l’idée dans la tête des gens que le cannabis est mauvais.

anti canna anti canna 2 anti canna 3

A la Nouvelle-Orléans où 60% des crimes commis l’auraient été par des consommateurs de cannabis selon la police, commence une véritable stigmatisation des consommateurs. Par ailleurs, en 1931 dans un contexte de chômage de masse, des pseudos-recherches montrent qu’il y aurait un lien entre la consommation de cannabis et les comportements violents. Les criminels identifiés comme consommateurs sont souvent issus des classes défavorisées et de communautés considérées à l’époque de « races inférieures ». Le propagande anti-cannabis revêt dorénavant un fond de racisme. En 1936 sort un film appelé Reefer Madness (« la folie du joint »), sponsorisé par une église: il raconte les péripéties de personnages, consommateurs de cannabis, qui vont se retrouver à commettre divers crimes comme un délit de fuite, une tentative de viol, un meurtre et une dérive vers la folie. Le film se finit avec un personnage qui pointe l’écran et l’inscription « tell your children » (prévenez vos enfants) à propos du cannabis et de ses dangers.

The famous ending

Finalement, en 1937, la consommation et la culture du cannabis est interdite aux Etats-Unis. Il ne s’agit pas toutefois d’une prohibition à proprement parler. Il s’agit d’une taxation.

marihuana tax act

Tout d’abord, il y a la jalouse d’un certain nombre d’industriels, notamment ceux du papier et des carburants fossiles qui ont peur de voir leurs activités menacées. Pour eux, le chanvre pourrait leur causer des milliards de dollars de pertes. Trois acteurs sont au coeur du « Marihuana Tax Act Of 1937 »: Andrew Mellon (banque d’investissement Mellon Bank/Gulf Oil Corporation), le groupe pétrochimique DuPont (Mellon a d’ailleurs beaucoup investi dans celui-ci, ce qui n’a rien d’un hasard) ainsi que William Randolph Hearst (magnat de la presse écrite). Une campagne visant à traîner dans la boue le cannabis est organisée avec l’immense soutien du groupe de presse de Hearst.

Le « Marihuna Tax Act Of 1937 » va se faire dans le plus grand des secrets. En 1935, la tâche est confiée à Anslinger Herman Olifant, travaillant alors au Secrétariat des Finances, de créer un projet de loi qui pourrait être adopté sans faire trop de vagues par le Congrès et la Cour Fédérale. Le Bureau Fédéral des Stupéfiants, qui dépend du Secrétariat du Trésor des Etats-Unis (l’équivalent du ministère des finances) propose une loi appelée la « Marihuana Tax Act Of 1937 » qui instaure de lourdes peines (environ 2000 dollars d’amende et jusqu’à cinq ans de prison) en cas de consommation de cannabis. Il met également en place un système de taxation de la production, de la vente ainsi que l’usage industriel et médical. S’il n’interdit pas explicitement l’usage du cannabis, cela dissuada fortement les consommateurs en raison des peines encourues. Cette loi est présentée comme un moyen d’engranger plus de recettes fiscales et est soumise directement à la « Commission des voies et moyens de la Chambre des Représentants » ce qui lui permet de passer directement au jugement de la Chambre des Représentants (cette chambre représente les citoyens américains, elle est un des deux organes du pouvoir législatif américain avec le Sénat). Robert Doughton, un allié du groupe DuPont faisait partie de cette Commission, ce qui une fois de plus, ne relève pas du hasard.

Certains s’opposent à cette loi: c’est le cas de l’Association Médicale Américaine (AMA) qui s’opposait car la taxe s’appliquait également aux médecins prescrivant du cannabis, aux officines de pharmacies qui en vendait ainsi qu’à la culture et la manufacture du cannabis à usage médical. La loi fut adoptée à la dernière minute par la Commission des finances du Sénat (dont fait parti Prenais Brown, un ami de DuPont). Tout cela s’est passé sous les protestations du Docteur William Creighton Woodward de l’AMA car selon lui, le projet de loi avait été fait dans le plus grand des secrets et qu’on n’avait pas laissé assez de temps pour s’opposer à la loi. Le maire de New York à l’époque, Fiorello La Guardia, à l’aide de son comité le La Guardia Committee a fortement contesté cette décision.

Toujours en 1937, le groupe pétrochimique DuPont dépose un brevet pour une nouvelle matière appelée le nylon. Par ailleurs,  Andrew Mellon avait beaucoup investi dans cette nouvelle matière. Or, nous avons vu qu’étaient impliqués dans l’interdiction du cannabis des groupes de papiers, de carburants fossiles et finalement de l’habillement: tout étaient menacés par le cannabis qui pouvait être utilisé pour le papier ainsi que pour les vêtements notamment. Il n’apparaît donc pas comme une coïncidence qu’ils se soient liés pour interdire le cannabis car ils avaient tous un intérêt à sa prohibition.

CUS

Le point culminant de l’interdiction du cannabis arrive en 1961 avec la Convention Unique sur les Stupéfiants (CUS) convoquée par l’ONU. Cette convention regroupe 183 signataires et a pour but de limiter la production ainsi que toute activité commerciale en lien avec des substances interdites. Ces substances sont, pour la première fois, classées en quatre catégories et appelées stupéfiants. Le cannabis est placé dans la catégorie IV, aux cotés de la cocaïne, l’héroïne, l’oxycodone et la morphine. La catégorie IV est la catégorie la plus restrictive et la plus sévère en terme de répression, elle a été crée pour des substances « ayant un potentiel d’abus fort et des effets nocifs importants », et « sans pour autant disposer d’une valeur thérapeutique ».

Pourtant, le cannabis connaît un regain dans les années 1960-1970 avec le mouvement hippie et la propagation du cannabis à usage récréatif à travers toutes les classes de la société. Les Commissions des gouvernements de Kennedy (1961-1963) et de Johnson (1963-1969) concluent toutes les deux qu’il n’y a pas de lien entre le cannabis et des comportements violents voir déviants. Il faut attendre 1977 pour qu’un nouveau président américain se prononce en faveur de la dépénalisation en la personne de Jimmy Carter (1977-1981).

Les Pays-Bas sont le premier pays à dépénaliser le cannabis le 1er novembre 1976 et à faire une distinction entre les drogues douces et drogues dures. Dans les années 1970, l’héroïne représente un problème dans le pays et notamment dans sa capitale, Amsterdam. A cette même époque, le cannabis (et plus particulièrement le haschich) est aussi très populaire mais contrairement à l’héroïne, ne pose aucun problème. Un rapport néerlandais de 1972 appelé « Le chanvre : quand on tire sur la corde » démontre qu’il est possible de consommer du cannabis de manière responsable.

Le 5 novembre 1996, la Californie devient le premier état des Etats-Unis à légaliser le cannabis médical. Le 8 novembre 2016, la Californie a légalisé l’usage du cannabis à but récréatif. D’autres états ont suivis comme le Colorado, l’Alaska, le Maine, le Nevada et bien d’autres mais tous n’autorisent pas la même chose.

José Mujica

Plus récemment en 2012, le président Uruguayen de l’époque, José Mujica (en fonction de 2010 à 2015), était le premier président de l’histoire à mettre en place une procédure dans le but de légaliser le cannabis. Si son projet reçoit beaucoup de critiques, il est tout de même salué par le magazine Time. Finalement, le 6 mai 2014, José Mujica signe la loi légalisant le cannabis. Cette dernière stipule que toute la production doit être assurée par l’Etat.

D’autres pays comme le Canada, se rendant compte que la Guerre contre les Drogues a échoué car la consommation de cannabis est de plus en plus répandue malgré la prohibition actuelle, se dirigent vers la route de la légalisation. Au Canada, le cannabis devrait être légal à partir du 1er juillet 2018 pour tous les adultes. Quant à l’Australie, elle accueille sa première récolte de cannabis médical et compte continuer dans sa lancée. La France, elle, semble se diriger vers la voie de la dépénalisation, ce qui pourrait augmenter la répression vis-à-vis de l’usage du cannabis.

Vous pouvez nous retrouver dans notre magasin au Musée du Fumeur au 7 rue Pache 75011 Paris.

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