Traditions croisées

N – Fumée de chanvre et de tabac

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Né aux confins de l’Inde, le chanvre s’est adapté à différentes cultures au cours de ses migrations.

Au Mexique, aux alentours de 1900, les troupes révolutionnaires de Pancho Vila consommaient du chanvre pur, simplement roulé en mince cigarette, sans addition de tabac.

Du Mexique, la marijuana est passée aux États-Unis, ainsi que la coutume de la fumer pure. Son nom s’est anglicisé, devenant marihuana, mais les Américains ont continué à rouler de minces cigarettes (ou sticks) contenant les sommités fleuries du chanvre, sans tabac.

Le mouvement hip hop est en train de modifier cet héritage culturel avec les blunts, cigares évidés remplis d’herbe, ou avec les joints d’herbe roulés dans une feuille de tabac [devant, de gauche à droite, mince cigarette aux bords parallèles ou «stick» à l’américaine (chanvre pur), cône à l’européenne (chanvre et tabac) et blunt (chanvre dans une feuille de tabac)].

Il existe d’innombrables variétés de chanvre « récréatif », correspondant à des régions de production traditionnelle (Acapulco Gold du Mexique, Fil rouge de la Jamaïque, Zamal de la Réunion) ou à des obtentions plus récentes (Skunk, Northern Light, Haze) sélectionnées pour leurs arômes, leur productivité ou le type d’effet recherché.

Aujourd’hui, le chanvre psychotrope est en général cultivé
selon la technique de la n2sinsemilla (mot espagnol signifiant « sans graine »). Cette méthode consiste à supprimer les plantes mâles afin que les femelles, non fécondées, atteignent leur potentiel maximum [au centre à gauche, fleur de sinsemilla obtenue à partir d’une variété de chanvre industriel, donc à peu près dépourvue de THC, la substance recherchée par les fumeurs ; au fond, de gauche à droite, photographie d’une fleur de chanvre psychotrope cultivée en sinsemilla, la même après récolte et « manucure », puis macrophotographie des cristaux où se concentrent les principes actifs, et photo des bulles de THC vues au microscope].

Sur la vague hippie des années soixante, certains routards ont appris, au Népal ou en Afghanistan, à tamiser la poudre qui se détache des fleurs de chanvre et à la compresser pour obtenir le haschich [boîte avec tamis à droite]. Ils ont importé ce savoir-faire dans le Rif marocain, où la fabrication de haschich s’est implantée. Pour l’exportation, le haschich a remplacé le kif, mélange traditionnel de chanvre et de tabac brun finement haché, traditionnellement fumé dans le sepsi, pipe à minuscule foyer et long tuyau [devant]. En revanche, la coutume de mélanger chanvre et tabac s’est maintenue, qu’il s’agisse de haschich ou de fleurs de chanvre. De là, elle est passée à la France et à l’Europe entière, où elle s’est implantée •

© Le musée du Fumeur