Un siècle de bruyère

P – Un bois qui résiste au feu

Chère à plusieurs générations et à beaucoup de penseurs, de Einstein à Jean-Paul Sartre, la pipe de bruyère est taillée dans une excroissance (le broussin) qui pousse sur les racines d’une bruyère méditerranéenne (Erica Arborea).

La pipe en bruyère résiste particulièrement bien au feu. Ses adeptes l’entourent de soins attentifs, la laissant refroidir plusieurs heures avant de la rallumer, d’où la nécessité d’un râtelier bien garni en pipes.

La pipe en bruyère n’existe que depuis 1860, date à laquelle elle est apparue à Saint-Claude dans le Haut Jura. La ville était déjà renommée pour ses tuyaux de pipes et ses tabatières en corne. Elle abrite aujourd’hui un musée largement consacré à la pipe de bruyère.

Le tabac brun, typiquement français, a été commercialisé dans des cubes de papier gris [à gauche]. Entre les deux ­guerres, Damia chantait le fameux :

« gris que l’on prend dans ses doigts et
[qu’on roule,
c’est fort, c’est âcre comme du bois,
[et ça saoule »,
qui déjà passait dans les vers de Rimbaud, au cœur « plein de Caporal ».

Le tabac brun, qui sèche naturellement en deux mois, a été remplacé par le tabac blond venu d’Amérique, séché industriellement à l’air chaud en une semaine. Aromatisé, plus doux, plus séduisant, le tabac blond est inhalé plus profondément, ce qui pose des problèmes de santé.

Le rude tabac brun, conditionné en cubes enveloppés de papier gris, garde quelques fidèles, en particulier dans la région de Bergerac, ville qui abrite un riche musée du Tabac, ouvert sur diverses traditions culturelles •

© Le musée du Fumeur
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