L’état du cannabis médical au Pérou

Ana Alvarez gives her son Anthony a spoonful of marijuana oil to soothe the symptoms of tuberous sclerosis and Lennox-Gastaut syndrome at her house in Lima, Peru, February 23, 2017. Picture taken February 23, 2017. REUTERS/Guadalupe Pardo

Ana Alverez en train d’administrer à son fils une cuillerée d’huile de cannabis

Ana Alvarez, prothésiste dentaire et mère de quatre enfants, vit à Lima (capitale et plus grande ville du Pérou) dans un appartement qu’elle a transformé en laboratoire de cannabis. Elle déclare que c’est par amour pour son fils qu’elle est devenue l’une des avocates phare dans la lutte pour la légalisation du cannabis dans un pays encore très conservateur. Son combat commence alors qu’elle cherche désespérément quelque chose afin de soulager les multiples crises d’épilepsie dont son fils souffre tous les jours. Elle finit par transformer une partie de son appartement en un laboratoire improvisé ainsi qu’en un cabinet médical où des patients peuvent se voir prescrire des dérivés de cannabis comme soin palliatif pour les maladies au stade terminal, le cancer, ainsi que la sclérose en plaques.

Son fils Anthony, âgé de dix-sept ans, souffre d’une forme sévère et rare d’épilepsie appelée le syndrome de Lennox-Gastaut ainsi que d’une sclérose tubéreuse de Bourneville qui se manifeste par l’apparition de tumeurs au cerveau ainsi que sur les autres organes.

Anthony pouvait être affligé de jusqu’à huit crises par jour. L’an dernier, il a souffert d’un épisode psychotique qui a poussé sa famille au bord du désespoir: une période pendant laquelle Ana Alvarez avoue avoir eu des pensées suicidaires. Le cocktail de dix-sept médicaments qu’elle donnait à son fils chaque jour semblait n’avoir aucun effet sur sa maladie: elle était alors prête à essayer n’importe quoi.

« Après trois jours de traitement d’huile de cannabis, Anthony a reprendre contact avec le monde qui l’entoure, il a commencé à interagir avec les autres, à dormir, à manger et petit à petit, il a commencé à récupérer » témoigne Ana Alvarez. « Le changement après trois jours seulement était extraordinaire et c’est à partir de ce moment que mon combat a commencé. »

Avec l’aide d’une autre mère ayant un fils souffrant d’une maladie similaire, elle a crée l’association « Buscando Esperanza » (A la recherche de l’espoir) qui milite en faveur du cannabis médical. En attendant, elle a appris toute seule comment fabriquer de l’huile de cannabis en utilisant de l’alcool médical et en achetant du cannabis sur le marché noir. Il faut savoir qu’au Pérou, posséder plus de huit grammes d’huile de cannabis est illégal.

 

Dorothy Santiago, un officier de la marine de vingt-neuf ans, l’a aidée dans son action.  En effet, son fils de cinq ans, dont le prénom est Rodrigo, souffre de la même maladie qu’Anthony. Dorothy se rappelle très bien du jour où elle a accidentellement fait tombé une goûte du médicament de son fils sur son visage et que celui-ci l’est brûlé. Cela l’a fait remettre en question les médicaments qu’elle donnait à son fils chaque jour. « Je me suis dit: c’est que j’ai administré à mon fils depuis qu’il a trois mois. Ca n’a fait que le rendre encore plus malade. C’est à ce moment que j’ai décidé d’arrêter les traitements conventionnels et d’opter pour une alternative naturelle ». Elle ajoute aussi que « Rodrigo a pris de l’huile de cannabis et ses crises ont disparu pendant deux jours. Il a commencé à manger, à dormir. Je dis ça parce qu’il ne dormait jamais, on n’arrivait pas à y croire ! ». « Il a commencé à interagir avec le monde autour de lui. Il n’avait jamais réussi à établir un contact visuel avec quelqu’un d’autre que moi avant » « Nous savons que ce n’est pas un remède mais ça améliore les conditions de vie de nos enfants. Nous voulons que cette opportunité soit donnée à d’autres enfants dans la même condition ».

Il y a plus de deux-cent personnes membres de « Buscando Esperanza » et beaucoup de ces membres sont pris en charge par le Dr Juan Lock dans le cabinet médical aménagé près de l’appartement d’Ana Alvarez. En utilisant de l’huile de cannabis « faite maison »avec des concentrations différentes de cannabinoïdes comme le CBD ou le THC, le Dr Juan Lock octroie des soins palliatifs « Nous aidons beaucoup de gens avec des maladies que des médicaments conventionnels ne peuvent soigner » déclare-t-il en ajoutant que la plupart des patients sont des personnes âgées avec des afflictions qui vont de l’arthrose au cancer en stade terminal.

pedro pablo

Pedro Pablo Kuczynski

 

Après que la police ait effectué un raid dans l’appartement d’Ana Alvarez, cette dernière a fait l’objet d’un important soutien de la part de la population péruvienne afin de pousser le président, Pedro Pablo Kuczynski à légaliser le cannabis médical pour le « traitement de maladie grave et/ou en phase terminale ».

Toutefois, rien n’est joué:  il est difficile de savoir si la droite, qui a la majorité au Congrès, serait prête à passer une motion décriminalisant la possession de cannabis à des fins médicales ou autorisant l’importation du cannabis et sa vente pour des raisons thérapeutiques. Un sondage d’IPSOS effectué plus tôt cette année indique que 65% des Péruviens sont en faveur de la légalisation du cannabis.

 

cedro

Logo de l’ONG CEDRO

 

Cedro, la plus grande organisation non-gouvernementale anti-drogue Péruvienne, serait prête à supporter l’usage d’huile de cannabis pour les enfants si elle ne contenait en aucun cas du THC, la substance psychoactive du cannabis, a déclaré l’expert-conseil scientifique de l’organisation, le Dr Alfonso Zavaleta.

« Ce médicament n’existe encore nulle part dans le monde » affirme Zavaleta. Alors qu’il déclare que l’huile de cannabis « semblait avoir un effet palliatif et réduisait les convulsions des enfants traités », il est comme beaucoup de scientifiques inquiet de l’impact que pourrait avoir le THC sur les cerveaux en développement des enfants.

 

Avec moins de trois cent enfants au Pérou qui présentent une condition médicale similaire à celle d’Anthony, le gouvernement pourrait importer du cannabis synthétique quand il sera sur le marché pharmaceutique sans avoir besoin de l’approbation du Congrès. Avec trois propositions de lois indépendante au Pérou sur le cannabis médical (avec des d’idées qui vont d’importer du cannabis synthétique à  autoriser des revendeurs à produire leur propre cannabis), cela pourrait prendre des années pour que le Congrès comprenne ces propositions, débattent dessus et en vote une selon les estimations de Zavaleta.

Pendant ce temps, Ana Alvarez continue d’avoir recours au marché noir afin de se procurer le cannabis dont elle a besoin pour faire son huile. L’usage du cannabis médical est dorénavant légal en Colombie, au Porto Rico, au Chili et en Uruguay où le cannabis est légal sous toutes ses formes.

« Nous faisons ça parce que nous aimons nos enfants » déclare Alvarez « Nous ne sommes pas des criminelles. Nous sommes des mères de famille qui exigent que nos enfants aient le droit de se soigner correctement ».

Lien de l’article original en anglais.

Pour plus d’informations, vous pouvez cliquer ici et là.

Leave a Comment