Quand l’OMS et l’ONU retournent leur veste

OMS ONU

 

Il semblerait bien que nous sommes en train d’assister à un retournement de situation. L’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, l’institution de l’ONU chargée de la santé publique et qui, d’après sa constitution, a pour dessein d’amener tous les individus de la planète à un niveau de santé le plus haut possible, souhaiterait une dépénalisation de la culture, de la possession et de la consommation des drogues, notamment du cannabis. Le thème de la dépénalisation des drogues avait déjà été amorcé en 2014. En effet, l’OMS était revenue sur les politiques de l’ONU en termes de drogues, fait plutôt rare. Il faut savoir que l’ONU  est le pilier fondateur de la prohibition des drogues.

CUS

 

En effet, en 1961, l’ONU convoque la Convention Unique sur les Stupéfiants (CUS) qui se fixe pour objectif de limiter la production et toute activité commerciale en lien avec certaines substances qui sont qualifiées de stupéfiants. La convention est signée par 183 pays qui s’engagent à faire appliquer cette convention.

 

 

 

Cette convention instaure un classement des stupéfiants selon quatre catégories:

  • la catégorie I regroupe les stupéfiants ayant un potentiel d’abus fort. On y retrouve le cannabis, la morphine, l’oxycodone
  • la catégorie II regroupe les stupéfiants ayant un potentiel d’abus moindre à cause de leur usage médical. On y retrouve la codéine et le dextropropoxyphène (DPX).
  • la catégorie III regroupe des préparations composées avec des substances provenant des catégories I et II et présentant peu de risque d’abus et n’ayant pas d’effets nocifs. De plus, les substances contenues dans ces préparations sont difficilement extractibles.
  • La catégorie IV reprend les substances de la catégorie I qui présentent un risque d’abus fort et des effets nocifs sans valeur thérapeutique notable. On y retrouve donc le cannabis, la désomorphine (aussi appelée drogue crocodile ou krokodil, je glisse le lien d’un article dans lequel je parle des pires substances que vous pouvez retrouver dans du cannabis) et l’héroïne pour les substances les plus connues du grand public.

OICS

Cette convention pose le premier pilier de la prohibition des drogues et donne naissance l’Organe International de contrôle des stupéfiants (OICS) dont la mission est de contrôler si les conventions sont bien respectées par les pays signataires.

En 1971, suite à la découverte du LSD et d’autres nouvelles substances, l’ONU décide de convoquer une Convention sur les substances psychotropes qui est ratifiée à Vienne. Le classement instauré en 1961 est remanié et de nouvelles drogues sont ajoutées.

 

  • La catégorie I regroupe dorénavant les substances dont le potentiel d’abus présente un risque grave pour la santé publique et qui ont une faible valeur thérapeutique. On y retrouve le THC (la substance psychoactive contenue dans le cannabis) et la MDMA notamment.
  • La catégorie II regroupe les substances dont le potentiel d’abus reste fort et présente un risque sérieux pour la santé publique. Ils ont une valeur thérapeutique faible à moyenne. Des produits comme les amphétamines, la méthamphétamine et l’acide barbiturique s’y cotoyent.
  • La catégorie III présente des substances dont le potentiel d’abus est le même que pour la catégorie II mais leur valeur thérapeutique est moyenne à grande. Cette catégorie concerne des produits comme le glutéthimide, le pentazocine et le pentabarbital.
  • La catégorie IV est un groupement des substances présentent un faible risque d’abus et dont la valeur thérapeutique peut être faible à grande. Les substances concernées par cette catégorie sont le diazépam, le lorazépam et le tetrazépam par exemple.

Presque deux décennies plus tard, en 1988, est convoquée une nouvelle convention par l’ONU: la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes qui regroupe 177 signataires. Elle renforce les conventions convoquées précédemment. Dans le préambule de cette convention, il est fait état d’une guerre des drogues de plus en plus présente et il est fait mention de l’incapacité des autorités à stopper cette guerre. De nouvelles substances sont ajoutées au classement comme l’acétone, le permanganate de potassium, l’acide sulfurique.

Pendant toutes ces années, l’ONU a nié en bloc les vertus thérapeutiques du cannabis et n’a cessé de le diaboliser alors qu’il était auparavant couramment utilisé. Alors que de nombreux pays, tels que les Etats-Unis pourtant les premiers à prohiber le cannabis, commencent à légaliser le cannabis et donc à reconnaître sa valeur médicinale, l’ONU reste toujours coincé dans sa vision conservatrice. Cependant, il semblerait que cela soit en train de changer. En 2016, l’Assemblée Générale des Nations-Unies s’est réunie pour discuter de la situation du cannabis et début 2017, l’OMS a annoncé qu’elle conduirait une évaluation du potentiel thérapeutique du cannabis, une première pour l’organisation. Si ce test se révélait positif, cela pourrait donner lieu à une législation moins stricte et plus tolérante envers l’usage du cannabis.

Ce revirement de situation pourrait être du à la réalisation de l’échec cuisant de la guerre contre les drogues mais aussi des dérives de la lutte contre les drogues.

rodrigo duterte

Rodrigo Duterte

Le visage de la dérive de la lutte contre les drogues, c’est celui de Rodrigo Duterte, le président des Philippines. A peine arrivé au pouvoir en juin 2016, il annonce mener une campagne contre les narcotrafiquants. Un mois après son arrivée au pouvoir, 110 personnes avaient été tuées et 60 000 s’étaient rendues et seulement quatre mois après son arrivée au pouvoir, déjà 3700 personnes avaient été exécutées. Il a également fait polémique pour avoir comparé sa campagne contre les narcotrafiquants au génocide des juifs orchestré par Hitler. il a notamment déclaré: « Hitler a massacré trois millions de Juifs. Bon, il y a trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer ». Malgré l’inquiétude de l’Union Européenne et des Etats-Unis face à ses méthodes d’un temps révolu, celui-ci ne compte s’arrêter que lorsque tous les narcotrafiquants seront éliminés.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est exprimé en faveur de la décriminilisation du cannabis le 26 juin 2017 lors de la « Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues », ce qui peut nous laisser penser que dans quelques années, l’ONU arrivera à s’entendre sur la dépénalisation du cannabis.

 

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